THÉRAPIE OFF-ROAD (PART. 2/5)

Nota Bene:
Ce texte a été rédigé par Annie, une de nos clientes lors de notre road trip au Népal en 2022.
Celui-ci n’a pas été modifié afin de conserver toute l’essence de son histoire.

Cérémonie de départ et premier jour

En ce 17 octobre 2022, c’est avec la cérémonie du Puja que nous commençons la journée du grand départ.

Le soleil est au rendez-vous et d’ailleurs, il ne nous fera jamais fausse route.

La Puja a été tout au long du voyage une parenthèse enchantée pour moi et m’aura permis de m’ancrer dans cette aventure de façon spirituelle.

Sushant et Yurbisha, nos valeureux capitaines d’équipe, nous initient à ce rituel, en mettant autour de nos cous des écharpes soyeuses et en nous bénissant avec le tika d’un trait rouge poudré sur notre front. 

Nous quittons ainsi notre guesthouse nommée Seven Women.

C’est un vrai signe du destin, il faut le dire.

Nous sommes sept femmes, sept aventurières, sept sœurs, sept conquérantes prêtes à la grande découverte du Népal, de sa population, de sa culture, et de ses paysages.

Nous sommes prêtes à ouvrir la porte de nos mondes intérieurs à coup de vrombissements, de chutes, de résilience, et d’encouragements.

off road therapy

Mais entreprendre un voyage initiatique se mérite et il ne se fera pas sans contraintes.

Sortir de la ville de Katmandou est notre premier défi.

Premiers battements rapides du cœur.

“Bam… Bam…”

Katmandou est une ville, comme toutes les grandes villes d’Asie, elle est charmante, mais grouillante… Et le Code de la route n’existe pas.

Rester courtois, mais en même temps ne pas hésiter à saisir l’opportunité quand on peut se faufiler.

Toute une philosophie !

Mon état d’esprit était serein avant de partir… mais pas pour longtemps.

Après un an de permis moto, pourquoi aller me jeter dans la gueule du loup, alors que les routes de nos campagnes françaises sont plus accueillantes ?

Mystère…Mais l’être humain est comme ça.

Provoquer la difficulté pour trouver un sens à nos vies. Même si j’avais enchaîné des difficultés personnelles ces derniers temps, cette fois-ci le challenge, c’est moi qui le choisissais.

Et cela fait toute la différence. 

Le premier jour aura été une succession de premières fois.

Première fois que je conduisais une Royal Enfield, une biquette fort charmante esthétiquement, mais extrêmement éloignée de mon très docile roadster Yamaha XJ6 que j’ai prénommé Constance.

Ces deux motos, c’est comme le feu et la glace.

Le jour et la nuit.

Ma première grande difficulté aura été d’apprivoiser ma Royal Enfield.

Et dire qu’au début, je rêvais de conduire cette moto mythique.

Il faut dire qu’au départ, nous n’étions pas amies, mais une fois la biquette des montagnes amadouée, car elle a un sacré caractère, je l’ai finalement trouvée charmante.

off road therapy

Le premier jour fut mémorable.

Comment sortir de la ville de Katmandou avec une moto que je ne connais pas encore ?

Je cale souvent avec ce monocylindre.

J’apprendrais plus tard à jouer avec l’embrayage pour maintenir mon équilibre…

Mais avant ça, je chute.

Des chutes à l’arrêt, des chutes en off-road, et une chute à cause d’une grosse pierre rencontrée sur le chemin, et que je n’ai pu éviter. 

J’ai même réussi à inaugurer ma moto au bout de 20 minutes de circulation.

En voulant contourner un motard, j’ai dû frôler sa moto.

Je continuai ma route en pensant qu’il n’avait rien.

Il finit par me rattraper.

Tout le monde s’arrête.

Je suis embarrassée.

Apparemment, il y aurait une égratignure ou quelque chose de ce genre sur sa plaque d’immatriculation.

Sushant négocie avec lui et nous repartons.

Musclé pour un début, n’est-ce pas ?

Heureusement que la bienveillance et la patience de l’équipe m’ont grandement aidé à persévérer malgré tout.

Tout était nouveau pour moi.

Voyager avec une nouvelle moto.

Voyager au Népal avec un groupe.

Il y avait tellement de nouveaux paramètres à gérer en même temps.

J’étais en train de réaliser un rêve, et en même temps, il m’a fallu prendre sur moi dans un premier temps avant d’être plus à l’aise.

Le premier jour aura été la mise en place d’une atmosphère détendue sur fond de sororité, qu’Alison a su créer et maintenir tout au long du voyage.

Malgré mes chutes, heureusement sans gravité, j’aurais tout de même réussi à dépasser ma peur lors d’une montée assez pentu à moto, et la redescendre sous les encouragements de mes roads sisters.

Chaque réussite est célébrée verbalement, créant une atmosphère de confiance.

Pourtant, à la fin de cette journée, j’étais déçue par ma « prestation ».

Les 50 kilomètres qui séparent Katmandou de Kulekhani furent un apprentissage intensif sur tous les plans.

Peut-être inconsciemment, je pensais que j’allais mieux réussir.

Je me suis pourtant promis d’être moins exigeante avec moi-même après la maladie.

Chassez le naturel, et il revient au galop.

Yurbisha m’encouragea et me félicita.

C’était réconfortant et je savais qu’au fil des jours ma conduite allait s’améliorer.

Ne jamais désespérer.  

Et les jours suivants…

 

off road therapy

Le deuxième jour, même si le réveil fût un peu difficile, je me mis en tête qu’il fallait que je me fasse plus confiance pour moins chuter.

Au fur et à mesure des jours qui passent, je chute un peu moins, et c’est encourageant.

En réalité, je ne suis pas vraiment habituée à ce monocylindre, et ma moto habituelle, parée de ces petites technologies, compense le manque de technicité d’une motarde débutante. 


Pendant tout le voyage, nous avons roulé sur tous types de route.

Des routes boueuses, rocailleuses, poussiéreuses, sinueuses, montagneuses, défoncées, cabossées, accidentées, et j’en passe.

Certaines routes étaient impressionnantes, surtout lorsqu’elles étaient étroites et bosselées et que les voitures et poids lourds venaient en face. 

Une fois, nous étions obligées de nous arrêter en attendant que la pelle mécanique finisse son travail de restaurer la route.

En l’espace de deux semaines, j’avais l’impression, d’avoir acquis de l’expérience à une allure folle, comme si chaque jour était une leçon de moto intensive.

Je me remémore le moment où Alison nous conseilla lors du briefing: « Si vous devez choisir entre le ravin ou le mur, prenez plutôt le mur ».

Nous avons ri avec une petite pointe de crispation quand même. Ambiance.

Ellen, ma road sister américaine et moi-même chantons souvent : « Many Rivers to cross » en hommage à ces traversées de rivières qui peuvent parfois être impressionnantes.

J’aurais ajouté la chanson « I will survive » de Gloria Gaynor, histoire de nous motiver, mais à la fin nous l’avons fait !

Le seul moment de répit que nous pouvions avoir, c’était sur autoroute.

Dire qu’au départ, j’avais imaginé des autoroutes à quatre voies avec des poules au bord…

J’avais déjà des frissons rien qu’en imaginant, mais heureusement que la réalité était autre.

Il y avait bien les poules (ainsi que des piétons, des marchands, des cyclistes, des vaches etc…), mais appeler ces voies goudronnées des autoroutes, nous en étions bien loin !

Je prends progressivement du plaisir à faire du off-road et me surprend même à me dire que je vais m’ennuyer sur les routes françaises.

J’admire mes roads sisters, qui n’ont jamais cédé à aucun moment.

Heureusement, que nous avions un 4×4 d’assistance conduite par notre super Bijaye.

Sandrine et moi avons pu profiter de quelques moments de répit en voiture lorsque nous étions trop fatiguées.

Tout était prévu et nous étions touchées par la dévotion de l’équipe népalaise.

Pour ma part, j’ai dû trouver un compromis entre le dépassement de soi et ma santé.

Trouver ses limites, oui, car ce voyage m’aura aussi permis de les connaître et de repousser ma peur, notamment lorsque nous sommes entrés dans le Mustang.