THÉRAPIE OFF-ROAD (PART. 4/5)

Nota Bene:
Ce texte a été rédigé par Annie, une de nos clientes lors de notre road trip au Népal en 2022.
Celui-ci n’a pas été modifié afin de conserver toute l’essence de son histoire.

Bienvenue chez les Tharus

Le troisième jour, nous arrivons chez les Tharus à Meghauli.

Les femmes népalaises sont tellement belles dans leurs tenues traditionnelles.

Leur sourire, leur plus belle parure est une bénédiction pour celles et ceux qui le reçoivent.

On nous pose une tika sur le front, et l’on nous offre une belle fleur rouge que je mets derrière mon oreille.


La communauté Tharu est un groupe ethnique vivant principalement dans le Teraï, une région méridionale du Népal.

Les femmes nous accueillent avec un «  namaste », les deux mains accolées près de la poitrine.

Cette salutation est extrêmement spirituelle.

Il ne s’agit pas que  d’une simple salutation, « namaste » signifie « je salue le divin qui est en toi ».

Le fait de joindre les deux mains au niveau de la poitrine symbolise une salutation de cœur à cœur.

J’essaye de m’appliquer à chaque fois que je dis « namaste », en joignant le geste à la parole, car je comprends le sens sacré de cette salutation.

Depuis le Népal, quand je rentre dans une forêt « mon temple sacré », je la salue avec un « namaste », c’est mon petit rituel, une manière de reconnaître et de remercier « le vivant ».

Mais avant d’être conviés à un repas préparé par la communauté Tharu, nous sommes embarqués vers une autre aventure.

off road therapy

Le parc national de Chitwan.

Niché au pied de l’Himalaya, le Chitwan déploie une flore et une faune particulièrement riches.

Il héberge une des dernières populations de rhinocéros unicornes d’Asie et constitue également l’un des derniers refuges du tigre du Bengale.

Les traces de pas laissées par ce prédateur ont d’ailleurs attiré notre attention.

Nous étions tous émerveillés… et dire qu’un tigre est passé par là.

Sandrine, mon amie de voyage me dit : « Je ne comprends pas pourquoi les gens sont tous éblouis par ce tigre alors qu’il y a deux bombasses (en parlant d’elle et de moi) en ce moment même dans le parc de Chitwan ».

Il est vrai que l’humour de Sandrine est ravageur, et j’explose de rire pendant que je continue à admirer le magnifique paysage et son coucher de soleil.

Les pêcheurs sur leur barque, et la manière paisible qu’ils ont de lancer et de récupérer leur filet, nous transmettent un sentiment de calme et de sérénité.

Deux attitudes que l’on voit si peu dans nos pays occidentaux.

La nature a le don de venir chatouiller et faire remonter les émotions enfouies en moi.

Je suis saisie par une émotion très vive lorsque je contemple la beauté du parc de Chitwan.

Cette beauté qui m’entoure me fait fondre en larmes.

J’ai juste envie de me cacher et de m’isoler à ce moment précis.

Je cherche à me contrôler, pour ne pas pleurer, mais rien n’y fait.

Était-ce de la fatigue ?

Était-ce lié au fait que j’avais plus d’attente concernant ma conduite à moto ?

Ou était-ce simplement le fait d’être heureuse de pouvoir être toujours en vie pour contempler une telle beauté?

Un mélange de ces 3 raisons sans doute.

Le parc de Chitwan, au vu de la dureté de mon diagnostic médical, aurait pu ne jamais faire partie de mon existence.

Ça y est, il est temps de repartir, je monte à l’arrière du pick-up.

J’essaye de respirer, mais je continue de pleurer.

Je suis gênée devant mes roads sisters, mais c’est plus fort que moi.

La beauté de la nature m’enveloppe à ce moment-là, et me rappelle paradoxalement à l’ordre qu’il faut profiter pleinement et rapidement.

Sushant et Bishal me prennent en photo à ce moment-là, ils sont vraiment taquins ces Népalais.

Je ne leur en veux pas.

Je les adore comme si c’étaient des frères de cœur, et les maudis intérieurement, car ils me prennent en photo pendant un moment de vulnérabilité.

off road therapy

Nous revenons  au Tharu community Homestay, alors que le soleil commence à se coucher pour laisser place aux festivités népalaises.

Mais avant cela, on nous sert un petit alcool appelé Raksi qui est une infusion faite à partir de millet, de riz, d’orge ou de blé.

C’est délicieux, mais c’est traître !

Suivi d’un dal bhat, un plat traditionnel népalais qu’on peut littéralement traduire par « riz aux lentilles ».

Il est composé de riz blanc, d’une soupe de lentilles, d’un curry de légumes (tarkari) et parfois d’un mélange de légumes épicés (Achard).

 Il faut dire que la gastronomie népalaise se repose sur deux stars culinaires que sont les momos, des raviolis végétariens ou fourrés à la viande, et le dal baht, que les Népalais consomment deux fois dans la journée.

C’est savoureux et sain.

En revanche, les Népalais ont une fâcheuse tendance à mettre beaucoup de piment, rendant le plat difficilement mangeable pour celui qui n’est pas habitué.

Les cuisiniers Tharus nous ont heureusement épargné d’avoir une langue et un palais en feu et de cracher des flammes, en nous faisant un dahl bath non épicé.

MERCI ! 

Maintenant, place aux Tharus, vêtus de leurs magnifiques costumes traditionnels.

Au rythme des tambourins et d’un tambour népalais, les femmes sont mises à l’honneur avec leurs danses traditionnelles, faisant tourner leurs bâtons ou se déhanchant avec un vase en terre cuite sur la tête disposée sur une couronne de fleurs.

Ce fut un moment magique dans lequel nous étions conviées pour célébrer notre féminité avec les danseuses.

Sandrine et Yurbisha ont essayé les tenues traditionnelles.

Elles brillaient sous les flashs comme  de vraies stars.

Le propriétaire des lieux a demandé à Sandrine : « Are you Tharu ? » (Êtes-vous Tharu ?). C’était hilarant, vraiment.

Un moment mémorable comme on se plaît à se le rappeler lors des soirées entre amies.

off road therapy

Le lendemain matin, avant de partir, j’étais heureuse de voir réunies les femmes du village.

Alison et Kerstin avaient déjà prévu de ne pas les quitter les mains vides.

Des serviettes hygiéniques en tissu écologiques et réutilisables ont ainsi été distribuées.

C’est un geste fort et symbolique, car les femmes ont difficilement accès à ces produits d’hygiène pour des raisons économiques et aussi le fait qu’elles vivent éloignées des villes.

Dans certaines zones rurales, les Népalaises sont jugées impures lorsqu’elles ont leurs règles.

Elles doivent alors s’isoler dans des huttes qu’elles partagent avec d’autres femmes.

Malheureusement, il arrive parfois qu’elles se fassent attaquer par des serpents et l’issue est fatale pour certaines.

Voyager dans certains endroits, fait toujours l’effet d’une piqûre de rappel sur la condition humaine et féminine.

D’origine Chinoise et Cambodgienne, née en France, qu’aurait été ma vie si mes parents n’avaient pas fui la guerre au Cambodge à la fin des années 70 ?

Une chose est sûre, je n’aurai sans doute jamais posé un pied au Népal et encore moins roulé en Royal Enfield pour aller à la rencontre de ces femmes.

« Meet the women of Nepal » aurait pu s’intituler aussi « Dance with the women of Nepal ».

Je pense aux danseuses de Dhampus, dans leurs saris rouges ponctués de motifs dorés et dansant pieds nus, les mains caressant l’air d’une façon tellement gracieuse, que j’y voyais des déesses.

D’ailleurs la déesse Laxmi, connue pour être la divinité de la beauté et de la prospérité, n’a-t-elle pas 4 bras pour mieux danser ?

C’est juste une interprétation de ma part…

Même notre équipe népalaise s’y met.

Bijaye, accessoirement danseur pour Tik Tok, nous entraine souvent dans ses chorégraphies que ce soit au bord de la route ou bien au Thiny village juste avant de cuisiner un dhal Bath avec les femmes Thakalis.

Cependant, mon meilleur souvenir m’attendait à un coin de rue qui nous menait de Tatopani à Dhampus.

De jeunes Népalais et Népalaises étaient en train de célébrer en dansant, la fête du Tihar également appelée Deepavali.

Ce festival des lumières marque la nouvelle année pour les Newars (premiers habitants de la vallée de Katmandou), il célèbre aussi la déesse Laxmi.

Nous nous arrêtons là, où la vie est à son summum.

Nous sommes rapidement entraînés par une vingtaine de jeunes pour danser en pleine rue.

La jeune et magnifique Népalaise qui m’avait invité à danser avait un visage de poupée.

Elle transpirait la joie de vivre.

Quant à moi, je transpirais tout court, dans ma veste de motarde.

J’étais couverte de poussière, et j’avais un peu honte, à vrai dire, de mon accoutrement.

Cependant, l’heure n’était pas venue de me cacher, mais de me laisser entraîner par l’enthousiasme communicatif de ces Népalais.

L’ambiance était enivrante, tout le monde chantait sous le regard bienveillant d’un soleil à son beau fixe.

Un moment de grâce, comme il est rare d’en avoir, et dans lequel, je me sentais en paix avec moi-même, protégée par ces anges gardiens qui s’amusaient autour de nous.

Je prenais plaisir à voir notre équipe népalaise s’amuser avec leur peuple et d’être fiers de célébrer avec nous leurs coutumes et traditions.