THÉRAPIE OFF-ROAD (PART. 5/5)

Nota Bene:
Ce texte a été rédigé par Annie, une de nos clientes lors de notre road trip au Népal en 2022.
Celui-ci n’a pas été modifié afin de conserver toute l’essence de son histoire.

Dernier jour : Bhaktapur

La notion de dépasser sa peur m’est assez familière.

Je me suis connectée avec mon âme d’aventurière en 2009, à l’aube de mes 30 ans, en voyageant en sac à dos pendant un an.

À l’époque, rien ne me retenait dans ma vie parisienne.

Aucun job intéressant, pas de mari, pas d’enfants.

J’avais juste envie de m’arracher de ce quotidien devenu terne et gris pour me jeter dans la gueule du loup, cet inconnu.
 
Mes copines se mariaient et avaient des enfants et moi, je partais….

 
Le 7 septembre 2009, j’étais saisie d’une vive émotion en faisant mes premiers pas sur le territoire australien.

Le sentiment de liberté quasi mystique que je ressentais à l’époque en me baladant dans les rues à Adelaïde, je ne l’ai plus jamais retrouvé par la suite ou du moins ressenti avec la même intensité. 

Est-ce que la moto allait me connecter avec ce sentiment perdu comme une madeleine de Proust sur deux roues ?

Est-ce que la moto allait m’aider à faire exploser mes limites intérieures, et m’inviter à conquérir un territoire interne qui m’était inconnu jusqu’à présent ?

D’une certaine manière, oui, et précisément à ce moment-là.

off road therapy

La notion de dépasser sa peur m’est assez familière.

Je me suis connectée avec mon âme d’aventurière en 2009, à l’aube de mes 30 ans, en voyageant en sac à dos pendant un an.

À l’époque, rien ne me retenait dans ma vie parisienne.

Aucun job intéressant, pas de mari, pas d’enfants.

J’avais juste envie de m’arracher de ce quotidien devenu terne et gris pour me jeter dans la gueule du loup, cet inconnu.
 
Mes copines se mariaient et avaient des enfants et moi, je partais….

 
Le 7 septembre 2009, j’étais saisie d’une vive émotion en faisant mes premiers pas sur le territoire australien.

Le sentiment de liberté quasi mystique que je ressentais à l’époque en me baladant dans les rues à Adelaïde, je ne l’ai plus jamais retrouvé par la suite ou du moins ressenti avec la même intensité. 

Est-ce que la moto allait me connecter avec ce sentiment perdu comme une madeleine de Proust sur deux roues ?

Est-ce que la moto allait m’aider à faire exploser mes limites intérieures, et m’inviter à conquérir un territoire interne qui m’était inconnu jusqu’à présent ?

D’une certaine manière, oui, et précisément à ce moment-là.

 
Dernier jour, nous y voilà.

Nous partons de Katmandou pour aller à Bhaktapur.

Avant d’arriver dans cette ville historique et totalement irréelle, nous roulions sur des routes qui ressemblaient à des petites routes de montagne.

Lors d’une montée, il y avait une voiture qui descendait dans le sens opposé.

En voulant laisser un espace de sécurité suffisant, j’ai trop ralenti, et en m’arrêtant j’ai perdu l’équilibre et ma moto est tombée.

Sushant est venu me voir.

Il me demande de me concentrer ou sinon j’ai la possibilité de monter dans la voiture.

Le voyage touche à sa fin, et c’est normal qu’il veille au grain afin que tout puisse bien se dérouler jusqu’au bout.

J’étais vexée par ma chute.

Je dis à Sushant que je veux continuer.
 

Nous voilà arrivés dans un petit village, pour savourer de délicieuses brochettes de viande.

Alison recueillait à ce moment-là les ressentis des road sisters sur le voyage.

Mon esprit était préoccupé, car je n’aime pas rester sur une chute.

Je voulais pour ce dernier trajet qui nous mène à Bhaktapur, donner le meilleur de moi-même.

Nous repartons du petit village et après quelques routes montagneuses, nous voilà de nouveau sur du off-road.

J’ai tracé.

J’ai tout donné à ce moment-là…un peu par revanche.

J’ai envoyé balader ma peur pour laisser exprimer mon côté jusqu’au-boutiste.

Je ne voulais rien lâcher.

Sushant et Bishal étaient sur la même moto, Raju et Sandrine sur une autre.

Nous nous suivions.

Pendant que nous attendions le reste de l’équipe que nous avions perdu de vue, l’équipe népalaise m’a félicité avec un petit signe.

J’étais contente de moi et je puis essuyer d’un revers de la main cette chute vexante que j’aurais sans doute pu éviter.

Par la même occasion, j’ai découvert ce jour-là une facette de ma personnalité qui était enfouie en moi.

J’étais tellement fière de déposer ma moto au pied de l’entrée de Bhaktapur.

Je me suis sentie sereine, prête à découvrir l’autre monde, qui nous attendait au bout de la rampe, traçant son chemin vers l’entrée d’une des plus belles merveilles du monde.  

off road therapy

 
Pour avoir déjà voyagé en Asie, j’avais l’habitude de voir des temples bouddhistes ; or, le Népal est principalement hindouiste.

Une religion que je ne connais pas, mais qui est fascinante, à un point que j’étais bouche bée devant les vestiges architecturaux et artistiques de Bhaktapur.

Cette cité a été fondée au XIIe siècle et a connu ses heures de gloire au XIVe et XVIe siècles.

La place Durbar qui regorge de vestiges venus d’un autre monde est d’ailleurs classée patrimoine mondial de l’UNESCO.

J’ai le sourire aux lèvres, parce que j’eu l’impression de découvrir les profondeurs des océans, là où jamais personne n’y avait mis les pieds.

 
Pendant que j’étais transportée par la beauté de ses monuments, des vrombissements de motos animaient la ville, et ce n’étaient pas les nôtres.

Des motards et motardes défilaient devant nous et réveillaient nos oreilles à coup de klaxon pour accentuer leur présence.

Célébraient-ils la fête des deux roues ?

Une fois de plus, on s’arrête là où la vie est à son summum, encourageant ce joyeux cortège par des cris et des applaudissements.

Quelle chance, d’avoir eu une si belle fin de séjour !

Souvenir mémorable !

Et dieu créa les femmes…

J’ai longtemps adoré le bruit de mes roulettes de valise sur le bitume, car cela signifiait pour moi un nouveau départ.

 
Cette fois-ci, le bruit des roulettes a été remplacé par des vrombissements de moto.

Après avoir longtemps voyagé seule ou à deux en sac à dos, je pressentais que cette façon de voyager arrivait à sa fin et que j’avais besoin de renouveau.

Ce renouveau, c’est Alison, conceptrice de cette aventure qui me l’a apportée.

Elle a fondé en 2020 la société FreeW, qui encourage l’émancipation des femmes à travers la moto dans le monde entier.

Le concept du voyage a trouvé un écho en moi.

Un trip hors des sentiers battus pour des femmes aventurières en quête de reconnexion à elles-mêmes et à leur sororité.

Mon instinct me disait : “Vas-y fonce” alors que ma raison me disait : “Tu en es sûre ? “.

J’ai préféré suivre mon instinct…

 

off road therapy

 
Au travers de ce voyage, nous avons été fières d’avoir contribué au développement de 3 organisations sociales et en particulier: 7 Women, Community Homestay, et Nepal’s Women’s International Motorcycle Association.

Ce voyage aura surtout réussi à créer un impact et un message social fort, aussi bien pour les communautés népalaises, que pour les road sisters.
 
Il faut dire que le thème « Meet the women of Nepal » est une célébration des féminités à travers le monde, et la moto, un formidable instrument permettant de révéler des féminités cherchant à s’exprimer.

 
Une femme à moto intrigue forcément dans un milieu réputé masculin.

Alors, un groupe de femmes à moto… N’en parlons même pas.

Selon moi, c’est cette rareté qui fait que la féminité s’exprime.

Je me sens par exemple, plus « femme » en faisant de la moto qu’en portant une paire de talons aiguilles et une jupe à une fête.

C’est étrange, certes, mais c’est comme ça.

 
La moto a toujours été vecteur de liberté, et la liberté selon moi, c’est d’être libérée au maximum des normes sociales.

Choisir de ne pas se conformer coûte que coûte à ce que la société attend de nous, afin de dessiner sa propre voie.

La moto est selon moi la définition de cette liberté que l’on choisit pour soi.

 
Être motarde encore aujourd’hui est un joli pied de nez contre ces codes sociaux réducteurs et discriminants.

La sororité telle que transmise par Alison, tout au long de ce voyage, n’est pas une réaction par rapport au groupe de motards essentiellement composés d’hommes, mais une véritable célébration des essences féminines.

Épilogue

La vie est courte.

Profitons de chaque instant pour accomplir nos rêves.

Certes, ce sont des propos que l’on entend à tout bout de champ, et en même temps, combien de personnes passent réellement à l’action pour concrétiser ce qu’elles ont dans leur cœur ?
 

J’ai réalisé un de mes rêves qui est celui de voyager à moto en off- road.
 

Pendant ce trip, j’ai remarqué que j’aimais bien la boue, les cailloux, la poussière, et les petites rivières.

Le off-road m’aura procuré des émotions et des sensations que je n’avais jamais ressenties auparavant à moto.

Sur ces terrains, la difficulté se gère au mètre par mètre et constitue une formidable analogie avec ma situation.

Lorsque nous sommes confrontés à une épreuve dans la vie, il faut apprendre à gérer la difficulté au jour le jour pour s’en sortir, car il est impossible d’anticiper le futur.

 
Puis, un jour en nous retournant sur le chemin qui aura été parcouru, nous réalisons souvent que notre imagination n’est qu’une projection de nos peurs les plus profondes, et que toutes les situations que nous aurons anticipées dans notre esprit ne se produisent que très rarement en réalité.
 
Ainsi, combien de personnes ont refusé d’accomplir des rêves dans leur vie, bercées et bernées par leur peur.

J’en connais beaucoup…

off road therapy

 
Un jour, un ami m’a dit : « J’aime pas quand tu dis le mot cancer, c’est moche, tu ne peux pas trouver un autre terme ?

Sans réfléchir, je lui ai dit:

« Si… coquillage ».

Ma famille et mes amis avaient tous adopté ce mot de façon naturelle.

C’était très touchant.

J’avais surtout remarqué que cela pouvait aider à dédramatiser la maladie.

 
Je ne sais d’ailleurs toujours pas pourquoi le mot « coquillage » est venu à mon esprit de façon aussi instinctive.
 
Tout ce que je sais, c’est que les coquillages produisent des perles.
 
Dans ce puits sombre, j’aurais appris à recouvrir de nacre mes pensées les plus noires, adopter des stratégies de survie en milieu hostile, puis patienter jusqu’à la formation d’une perle.

 
De toute évidence, ce voyage au Népal aura été une des perles que ce « coquillage » aura créée…

 

 

Annie